Château de Labourdonnais
Mapou

Demeure coloniale du XIXe siècle entourée de jardins tropicaux, le Château de Labourdonnais offre un voyage dans l’histoire sucrière de l’île Maurice et une immersion dans l’art de vivre créole.
Par La rédaction
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Perchée sur une colline douce près du village de Mapou, la silhouette blanche du Château de Labourdonnais se détache contre le ciel bleu de l’île Maurice. Construite en 1856 par Christian Wiehe, un planteur d’origine franco-mauricienne, cette demeure coloniale est l’un des rares témoignages encore debout de l’âge d’or de la canne à sucre. Le domaine s’étend sur près de 40 hectares, où les champs de canne ont cédé la place à des vergers d’agrumes et à des jardins paysagers, dessinés pour épouser les courbes du relief.
Dès l’arrivée, on est saisi par l’élégance sobre de la façade néoclassique : colonnes blanches, balcons en fer forgé et larges vérandas ombragées, conçues pour capter la brise marine. L’intérieur, restauré avec soin, plonge le visiteur dans le quotidien d’une famille de planteurs au XIXe siècle. Les salons aux boiseries sombres, les meubles d’époque et les portraits des ancêtres racontent une histoire où se mêlent commerce, pouvoir et vie domestique. La salle à manger, avec sa table dressée de porcelaine fine et ses chandeliers en cristal, évoque les dîners fastueux où se décidaient les destins économiques de l’île.
Autour du château, les jardins sont une invitation à la flânerie. Les allées bordées de palmiers royaux mènent à des bassins où flottent des nénuphars, tandis que les frangipaniers diffusent leur parfum sucré. Plus loin, un verger d’agrumes — l’un des plus anciens de l’île — abrite des citronniers, des orangers et des pamplemoussiers, dont les fruits sont utilisés pour produire les confitures et les liqueurs vendues à la boutique du domaine. En contrebas, les anciennes écuries et les dépendances ont été transformées en espaces d’exposition, où l’on découvre les outils et les machines qui ont fait la richesse de l’île : moulins à sucre, alambics pour le rhum, et même une locomotive à vapeur, vestige des trains qui transportaient la canne vers les usines.
Le domaine de Labourdonnais est aussi un lieu de mémoire. Pendant la période coloniale, des milliers d’esclaves puis de travailleurs engagés ont travaillé dans les champs de canne. Bien que le château ne mette pas toujours en avant cette histoire douloureuse, des panneaux discrets et des archives exposées rappellent le rôle central de ces hommes et femmes dans la construction de la société mauricienne. Aujourd’hui, le domaine est géré par la Mauritius Heritage Trust, une fondation qui œuvre pour la préservation du patrimoine de l’île.
Ce qui frappe, au-delà de la beauté des lieux, c’est l’atmosphère de quiétude qui y règne. Contrairement à d’autres sites touristiques de l’île, souvent bondés, Labourdonnais conserve une certaine intimité. On peut y passer des heures sans croiser grand monde, à écouter le chant des oiseaux et le bruissement des feuilles sous le vent. Le domaine est aussi un lieu de vie : des mariages y sont célébrés, des concerts organisés dans les jardins, et des ateliers de dégustation proposés aux visiteurs. Une façon de rappeler que, malgré son passé colonial, ce château reste un lieu ancré dans le présent de l’île.


