Trou d'Eau Douce et l'île aux Cerfs
Trou d'Eau Douce

Un village de pêcheurs mauricien et son lagon turquoise, porte d'entrée vers l'île aux Cerfs, entre plages désertes et eaux cristallines.
Par La rédaction
Un village entre terre et mer
Trou d'Eau Douce s'étire le long d'une baie peu profonde, où les eaux du lagon se mêlent aux racines des palétuviers. Le village, à l'écart des grands complexes hôteliers, conserve l'âme d'une ancienne communauté de pêcheurs. Les maisons en bois coloré, aux toits de tôle ondulée, bordent des ruelles sablonneuses où les enfants jouent pieds nus. L'air est chargé d'une odeur de sel et de poisson grillé, portée par une brise légère qui fait danser les feuilles des filaos.
Le matin, les barques traditionnelles — les pirogues — sont halées sur la plage par des hommes aux mains calleuses. Elles attendent les touristes pour la traversée vers l'île aux Cerfs, mais aussi les pêcheurs locaux qui partent relever leurs filets. Le soir, les mêmes embarcations reviennent, chargées de dorades et de capitaines, que l'on vend directement sur le sable, à la lueur des lampes à pétrole.
Le lagon, miroir turquoise
La baie de Trou d'Eau Douce est un monde à part, où l'eau prend des teintes changeantes selon l'heure et la lumière. Le matin, elle est d'un bleu pâle, presque laiteux, strié par les sillages des bateaux. À midi, sous le soleil vertical, elle devient un miroir éblouissant, reflétant le ciel sans nuages. En fin d'après-midi, elle se pare de reflets dorés, tandis que les ombres des montagnes de l'île aux Cerfs s'allongent à sa surface.
Le lagon est peu profond — à certains endroits, on a pied jusqu'à plusieurs centaines de mètres du rivage. Les fonds sont tapissés d'herbiers marins, où évoluent des poissons-perroquets et des raies pastenagues. Par temps calme, on distingue les coraux, encore préservés ici, qui forment des jardins sous-marins miniatures. Les jours de grand vent, les vagues viennent lécher la plage, apportant avec elles des coquillages et des algues que les enfants ramassent pour en faire des colliers.
L'île aux Cerfs, entre mythe et réalité
L'île aux Cerfs est souvent présentée comme un paradis tropical, avec ses plages de sable blanc et ses eaux transparentes. Mais derrière les cartes postales se cache une réalité plus nuancée. L'île est petite — à peine 1,5 km de long — et très fréquentée en haute saison. Les bateaux déversent des centaines de visiteurs chaque jour, transformant ses criques en lieux animés, voire bondés.
Pourtant, il suffit de s'éloigner des zones de restauration et des transats alignés pour retrouver le calme. À l'est de l'île, une langue de sable s'étire vers le large, bordée de filaos dont les branches forment une voûte naturelle. C'est là que l'on trouve les eaux les plus claires, où l'on peut nager en compagnie de poissons tropicaux. Plus au sud, une petite colline offre un point de vue sur le lagon, avec Trou d'Eau Douce en toile de fond.
L'île abrite aussi un parcours de golf, réputé pour ses fairways bordés de palmiers et ses greens surplombant la mer. Les joueurs s'y pressent tôt le matin, avant que la chaleur ne devienne étouffante. En fin de journée, les golfeurs laissent place aux promeneurs, qui viennent admirer le coucher de soleil depuis la pointe sud, où les rochers plats invitent à s'asseoir pour contempler l'horizon.
Un écosystème fragile
Le lagon de Trou d'Eau Douce et l'île aux Cerfs font partie d'un écosystème marin sensible, protégé par le parc marin de Blue Bay. Les coraux, bien que résistants, subissent les effets du réchauffement climatique et de la fréquentation touristique. Les herbiers marins, essentiels à la reproduction des poissons, sont parfois endommagés par les ancres des bateaux.
Les autorités locales tentent de sensibiliser les visiteurs à la préservation de ce milieu. Des panneaux rappellent l'interdiction de marcher sur les coraux ou de nourrir les poissons, tandis que des zones de mouillage sont délimitées pour éviter les dégâts. Les pêcheurs de Trou d'Eau Douce, conscients de l'importance de ces eaux pour leur subsistance, jouent aussi un rôle de gardiens informels, signalant les comportements irrespectueux.
Une porte d'entrée vers l'inconnu
Au-delà de l'île aux Cerfs, le lagon s'étend vers des horizons moins fréquentés. À l'est, la pointe de l'île Maurice se dessine, avec ses falaises abruptes et ses criques sauvages. Au sud, on devine les contours de l'île aux Aigrettes, une réserve naturelle où nichent des oiseaux endémiques. Les pêcheurs locaux parlent aussi de bancs de sable éphémères, qui apparaissent et disparaissent au é des marées, et où l'on peut marcher au milieu de l'eau, comme sur une île fantôme.
Ces lieux, inaccessibles sans guide ou sans bateau privé, restent hors des sentiers battus. Ils rappellent que Trou d'Eau Douce n'est pas seulement une escale touristique, mais aussi un point de départ vers des aventures plus secrètes, où la nature reprend ses droits.


