Auvers-sur-Oise, sur les pas de Van Gogh
Soixante-dix toiles en soixante-dix jours, puis la mort. Le village où Van Gogh a peint le plus intensément de sa vie tient encore debout, presque intact, à une heure de Paris.

Auvers-sur-Oise, sur les pas de Van Gogh
Il est arrivé le 20 mai 1890. Il est mort le 29 juillet. Entre ces deux dates, soixante-dix toiles — plus d'une par jour. Vincent Van Gogh avait trente-sept ans, il sortait d'un an d'internement à Saint-Rémy-de-Provence, et son frère Théo l'avait confié au docteur Gachet, médecin amateur d'art qui habitait Auvers. Le village, soixante kilomètres au nord-ouest de Paris, lui a donné ses dernières œuvres et son tombeau.
Pourquoi y aller
On n'y va pas pour le village en lui-même, qui est resté un bourg du Vexin français plutôt discret. On y va parce qu'il est l'un des rares lieux au monde où le paysage peint coïncide encore avec le paysage réel. Les champs de blé au-dessus du village, la route qui monte vers le cimetière, la façade jaune de la mairie, l'église tordue par la perspective — tout est là, à peu près dans l'état où il les a vus.
L'église d'Auvers
C'est LA toile de Musée d'Orsay — façade ocre, ciel outremer, perspective impossible. Aller la voir en vrai est étrange. L'église est beaucoup moins tordue que sur la toile (évidemment — Van Gogh la déforme pour exprimer quelque chose que la réalité ne livre pas). Elle est plus petite qu'on n'imaginait. Et pourtant, dès qu'on s'éloigne de quelques mètres pour reproduire le cadrage du tableau, elle redevient presque la toile. C'est cette oscillation qui fait la force du pèlerinage : la peinture gagne en sens quand on sait d'où elle est sortie.
L'Auberge Ravoux
Vincent y louait la chambre n° 5. Quatre mètres carrés. Un lit, une chaise, une lucarne. C'est là qu'on l'a ramené le 27 juillet après qu'il s'est tiré une balle dans la poitrine dans les champs alentour (localisation exacte toujours débattue). Il est mort deux jours plus tard, Théo à son chevet. La chambre se visite. Elle est conservée vide — aucun meuble d'époque, une simple chaise paysanne posée sous la lucarne, par respect. C'est saisissant.
Le cimetière
Au-dessus du village, sur le plateau des champs de blé, le cimetière d'Auvers. Vincent et Théo (mort quelques mois plus tard, dévasté) y sont enterrés côte à côte, sous du lierre planté par Paul-Ferdinand Gachet. Deux dalles de pierre sobres, sans ornement. On y vient très seul. Les champs de blé tout autour — ceux du Champ de blé aux corbeaux, son avant-dernière toile — sont encore des champs. On peut s'y asseoir. Le vent passe. On comprend pourquoi il a écrit à Théo : « Je me sens foutu. »
Marcher
Une boucle d'une heure et demie parfaite : Auberge Ravoux → église → cimetière → champs de blé → redescente par le musée Daubigny → retour à la mairie. Balisage impeccable sur les trottoirs avec des reproductions des toiles à l'emplacement où Van Gogh les a peintes. Tactile, gratuit, émouvant.
Pratique
- Y aller : Gare du Nord → Persan-Beaumont, ligne H, 50 min ; changement → Auvers-sur-Oise, 15 min. Ou voiture, 1 h 15 depuis Paris par l'A15.
- Quand : avril à octobre pour les champs de blé dorés. Dimanche d'automne : lumière rasante, très peu de monde.
- Durée : une demi-journée suffit, une journée complète si on déjeune à l'Auberge Ravoux (le restaurant d'origine a été restauré).
- À savoir : l'affluence pic en juillet-août. Y aller un mardi en mai, idéal.
Un pèlerinage discret, comme Van Gogh lui-même.

