
Comme Chez Toi
Face au chevet de Notre-Dame, un restaurant sans prétention avec une des vues les plus denses de Paris — la cathédrale dans la vitre.
On ne vient pas pour la carte. On vient pour la vue. C'est une déclaration franche que ce restaurant assume — et c'est pour ça qu'on revient.
Il y a, en face de Notre-Dame, une rangée de restaurants qui n'ont qu'une seule chose à vendre : la vue. Tous le savent, tous l'assument. Les cartes y sont raisonnables sans être ambitieuses, les prix y sont parisiens sans être exorbitants, et le service y connaît son rôle : faire en sorte que l'attention reste sur la cathédrale plutôt que sur l'assiette. Comme Chez Toi, sur le Quai de Montebello, est l'un d'eux — et probablement le mieux placé pour ce qu'il propose.
La cathédrale qui coupe la vitre
Vous entrez. Vous vous asseyez. Et la cathédrale coupe la vitre de part en part.
C'est la première chose qu'on remarque, et c'est à peu près tout ce qu'il y a à dire de l'intérieur. Le quai de Montebello fait face au chevet de Notre-Dame — l'arrière de la cathédrale, celle des arc-boutants, des contreforts, du pinacle restauré. Vue depuis cet angle, à 80 mètres à vol d'oiseau, séparée de vous par la Seine et l'Île de la Cité, Notre-Dame n'est pas la façade des cartes postales. C'est la cathédrale vue par derrière, dans son architecture nue, sans la mise en scène des deux tours.
Depuis la réouverture de la cathédrale après l'incendie d'avril 2019 et la restauration de cinq ans qui a suivi, voir Notre-Dame à cette proximité, assis à table, est redevenu un privilège. Pendant cinq ans, la silhouette était amputée — la flèche absente, les bâches, les grues. La flèche restaurée par les charpentiers compagnons est désormais en place, identique à celle de Viollet-le-Duc. C'est cette nouvelle Notre-Dame, sortie de cinq années de soin, que l'on regarde aujourd'hui depuis Comme Chez Toi.
On ne mange pas une cathédrale. Mais on mange en sa présence — et la nuance fait toute la différence.
Ce qu'on mange
Carte de brasserie française simple et correcte. Pas de tour de force culinaire, pas de déception non plus. Tartare de bœuf et frites maison, saumon grillé, salade César, magret de canard, plat du jour à l'ardoise. C'est de la cuisine honnête au prix du quartier — le Quartier Latin face à la cathédrale ne permet pas le rapport qualité-prix optimal, c'est une évidence géographique qu'il faut accepter.
Les vins au verre sont corrects sans plus — un côtes-du-rhône, un bordeaux générique, un sancerre. Le sommelier, quand il y en a un, conseille raisonnablement. Pas la peine de demander une grande cuvée : ce n'est pas le sujet de la maison.
Pour le déjeuner, la formule du midi (autour de 25-30 €) est ce qu'il y a de plus juste — entrée + plat ou plat + dessert, café compris parfois. Le soir, on monte vers 40-55 € à la carte selon l'envie. Ajoutez 30-50 € pour le vin à deux.
Le Quartier Latin tout autour
La vraie raison de s'attarder, c'est ce qu'on a autour de la table — un périmètre de quelques rues qui concentre l'une des plus denses géographies littéraires d'Europe.
Shakespeare and Company
À 50 mètres en remontant vers la rue de la Huchette, Shakespeare and Company est l'une des plus belles librairies du monde. Ouverte en 1951 par George Whitman (neveu de Walt Whitman), elle fut le refuge des Beat Generation en exil — Allen Ginsberg, William Burroughs, Henry Miller. Aujourd'hui tenue par sa fille Sylvia Whitman, la librairie continue d'héberger gratuitement des écrivains de passage qui viennent dormir à l'étage en échange de quelques heures de travail. Entrée gratuite. Foule raisonnable en semaine matin.
Saint-Julien-le-Pauvre
Juste derrière le quai, Saint-Julien-le-Pauvre est une des plus anciennes églises de Paris (XIIᵉ siècle), petite, intime, presque toujours vide. Le contraste avec Notre-Dame en face est immédiat. Aujourd'hui rite éco-melkite, l'église abrite le dimanche matin l'une des liturgies orientales les plus belles d'Europe — chants en arabe et en grec, encens dense, lumière dorée des icônes.
Square René-Viviani
À côté de l'église, le square René-Viviani abrite le plus vieil arbre de Paris : un robinier planté en 1601 par le botaniste Jean Robin, conservateur du Jardin du Roi. L'arbre, soutenu par une béquille en ciment depuis longtemps, a quatre siècles. Lui aussi a vu passer la cathédrale en feu, l'a vue se reconstruire.
Quand y aller
- Midi en semaine, formule déjeuner : moins de monde, prix plus doux, lumière du midi sur la cathédrale
- Fin d'après-midi (17-18 h) pour un verre en terrasse — Notre-Dame à la lumière rasante, l'éclairage commence à monter, c'est probablement le moment le plus photogénique
- Soir d'hiver : Notre-Dame illuminée se reflète dans la Seine, les terrasses sont chauffées, le quartier vide
- À éviter : samedis soirs d'été (file d'attente sans réservation), vacances scolaires
Notes pratiques
- Adresse : 13 Quai de Montebello, 75005 Paris
- Métro : Maubert-Mutualité (10), Saint-Michel (4), Cluny-La Sorbonne (10) — 3-5 min à pied
- Réservation : recommandée le soir et le week-end
- Horaires : amplitude large en semaine, plage réduite dimanche soir (à confirmer avant déplacement)
- Budget : déjeuner 25-35 €, dîner 40-55 €
- Côté vue : demander explicitement « table côté Seine » au moment de la réservation


