Les passages couverts de Paris
Des 150 passages du XIXᵉ, il en reste une vingtaine. Itinéraire entre Panoramas, Jouffroy, Verdeau et Vivienne — parfait un jour de pluie.

Les passages couverts de Paris
Cent cinquante au milieu du XIXᵉ siècle, une vingtaine aujourd'hui. Les passages couverts parisiens — ces ruelles piétonnes vitrées creusées entre des immeubles — sont les ancêtres directs du grand magasin puis du centre commercial, nés entre 1780 et 1850 comme refuge contre la boue et la circulation des rues non pavées de l'époque. Haussmann les a beaucoup démolis. Ceux qui ont survécu sont devenus des monuments d'ambiance : lumière zénithale, mosaïques au sol, vitrines d'antiquaires, librairies d'ancien, salons de thé vieille France.
Un itinéraire de demi-journée permet d'enfiler les six plus beaux, tous concentrés dans les 2ᵉ et 9ᵉ arrondissements.
L'itinéraire
1. Passage des Panoramas (2ᵉ)
Plus ancien passage parisien encore ouvert (1800). Entrée 11 boulevard Montmartre. Vitrines de philatélie, numismatique, bistrots bon marché. Atmosphère plus populaire que chic — on y croise autant d'étudiants que de touristes, peu de luxe. Passage en L avec plusieurs branches secondaires.
2. Passage Jouffroy (9ᵉ)
Traverser le boulevard Montmartre — entrée face à Panoramas. Le plus animé des passages, le musée Grévin s'y ouvre à mi-chemin. Librairies anciennes, magasins de jouets traditionnels, un salon de thé avec pâtisseries vieille France. Passage en 1846.
3. Passage Verdeau (9ᵉ)
Continuité de Jouffroy au nord, de l'autre côté de la rue de la Grange-Batelière. Plus calme, plus aristocratique — bouquinistes spécialisés, gravures anciennes, philatélistes. C'est le passage des collectionneurs.
4. Galerie Vivienne (2ᵉ)
Traverser le 2ᵉ en descendant vers la Bourse. Le plus beau passage de Paris, ouverte en 1823. Mosaïques au sol signées Giandomenico Facchina (le même qui a fait la mosaïque de l'Opéra Garnier). Verrière lumineuse. Ambiance A Priori Thé (salon de thé raffiné), Librairie Jousseaume (fondée 1826, livres anciens), Legrand Filles et Fils (caviste).
5. Galerie Colbert (2ᵉ)
Jumelle de Vivienne (1826), accolée — entrée séparée rue des Petits-Champs. Récemment restaurée. Rotonde centrale avec coupole, plus austère que Vivienne. Abrite aujourd'hui l'INHA (Institut National d'Histoire de l'Art), institution publique, pas de commerce — d'où le calme.
6. Passage Choiseul (2ᵉ)
Le plus long (190 mètres), l'un des moins touristiques. Atmosphère quasi-provinciale, boutiques de couturiers et de design contemporain. Céline a vécu au 64. Le Théâtre des Bouffes-Parisiens s'y ouvre à l'arrière.
Pour photographes
Les passages sont la plus grande école de photographie urbaine de Paris — faible trafic piétonnier permettant les compositions longues, lumière filtrée zénithale qui donne une douceur particulière, détails graphiques partout (ferronneries, vitrines, mosaïques, néons anciens).
- Focale : 35 mm ou 50 mm idéal. Les passages sont étroits — pas de place pour un grand angle.
- Ouverture : ƒ/2.8 – ƒ/4 suffit, la lumière est douce mais chaude sous les verrières.
- Heure : fin de matinée (11 h – 13 h), la lumière tombe zénithalement à travers les verrières. Évident pour les mosaïques au sol.
Quand y aller
Un jour de pluie. Les passages sont faits pour ça. La pluie tambourine sur la verrière au-dessus, on reste au sec, on traverse Paris sans mettre le nez dehors. Le samedi après-midi est agréable — les commerces ouverts, peu de touristes le matin.
Pratique
- Métro : Grands Boulevards (8, 9) pour commencer, Bourse (3) ou Pyramides (7, 14) pour finir.
- Durée : 2 h – 3 h en prenant le temps.
- Budget : libre. Un café en route (Panoramas ou Vivienne), éventuellement un goûter (A Priori Thé dans Vivienne, environ 25 € tea-time).
Un Paris parallèle qui tient dans six rues couvertes.

