
Chia, dunes blanches et lagunes à flamants roses
L'image d'Épinal de la Sardaigne : eau translucide, dunes qui bougent au vent, et derrière, des lagunes où les flamants roses viennent passer l'hiver. Chia, c'est ce paysage qu'on croyait imaginaire — sauf qu'il existe vraiment.
🦩 Chia — Dunes blanches et lagunes à flamants roses
Récit de voyage à Chia et sur la côte du Sulcis, province du Sud Sardaigne
Il y a des paysages qui semblent vouloir vous convaincre que le monde peut être simple. Pas simpliste — simple. Réduit à trois éléments fondamentaux : du sable blanc, de l'eau bleue, et la lumière qui transforme l'un et l'autre à chaque heure du jour. Chia est ce genre de paysage. Et puis, juste quand on commence à se laisser bercer par cette simplicité apparente, une colonne de flamants roses traverse le ciel au-dessus des dunes — et on comprend que rien ici n'est aussi simple qu'il y paraît.
Prologue — La route du bout du monde sarde
Soixante kilomètres séparent Cagliari de Chia. Soixante kilomètres qui commencent dans la cohue du périphérique cagliaritain — les palmiers, les feux rouges, les klaxons, la poussière d'une ville qui n'a pas fini de s'étirer vers ses propres banlieues — et qui finissent dans quelque chose qui ressemble à la préhistoire du beau.
La SS195, rebaptisée "Strada dei Fenici" (la route des Phéniciens) pour des raisons qui deviendront claires, longe d'abord le golfe de Cagliari vers l'ouest — les lagunes de Santa Gilla, les salines industrielles dont les bassins géométriques luisent sous le soleil, le port de Sarroch avec ses cuves de raffinage pétrolier qui jurent avec le reste du paysage. Puis les collines commencent, le maquis reprend ses droits, les villages deviennent plus petits et plus espacés. Pula disparaît dans un rétroviseur. Teulada se devine au loin sur sa colline. Et après un dernier virage entre deux parois de granit rose, la route descend vers la côte et la mer réapparaît — différente de celle de Cagliari, plus sombre, plus profonde, plus austère dans la lumière d'après-midi.
Et puis les dunes.
Elles surgissent à gauche de la route comme une dérision de la géographie ordinaire — une chaîne de dunes blanches, d'un blanc presque offensant dans la lumière sarde, hautes de dix à quinze mètres, couvertes d'oyats et de genévriers de Phénicie tordus par le vent du large. Derrière elles, devinée plutôt que vue, la mer. Devant elles, les étangs saumâtres dont la surface miroitante multiplie le ciel.
J'arrêtai la voiture. Je sortis. La chaleur et l'iode m'enveloppèrent simultanément.
Bienvenue à Chia.
Partie I — Chia dans l'histoire : Bithia, la ville phénicienne oubliée sous le sable
1.1 — Les Phéniciens à Chia : quand la côte était une route
La côte de Chia n'a pas attendu les touristes du XXIe siècle pour être connue. Elle n'a pas attendu non plus les barons sardes du Moyen Âge, ni les Romains de l'Empire. Elle fut connue, fréquentée, habitée, bien avant tout cela — par les navigateurs phéniciens qui sillonnèrent la Méditerranée occidentale à partir du IXe siècle avant Jésus-Christ, et qui virent dans ce cap granitique au bout de la Sardaigne méridionale exactement ce qu'ils cherchaient : une baie abritée, une source d'eau douce, une hauteur défensive.
Ils fondèrent ici une ville qu'ils appelèrent Bithia — l'un des comptoirs phéniciens les plus méridionaux de Sardaigne, contemporain de Nora et de Sulcis, installé sur le petit promontoire rocheux que la tour aragonaise domine aujourd'hui. Bithia n'était pas une grande métropole — rien à voir avec Karalis ou avec Sulcis. Mais c'était un maillon fonctionnel de la chaîne des comptoirs qui permettait aux marchands phéniciens de naviguer depuis le Liban jusqu'à l'Espagne en faisant une halte tous les cent à cent cinquante kilomètres.
Les Carthaginois prirent ensuite le relais. Puis les Romains, qui romanisèrent le site sans le reconstruire de fond en comble — une ville de province modeste, une garnison, quelques monuments publics, et les mêmes entrepôts portuaires qui avaient servi depuis l'époque phénicienne. Bithia déclina lentement entre le IIIe et le Ve siècle après J.-C., abandonnée progressivement au profit d'autres centres plus actifs, et fut finalement englobée dans le sable et le maquis — une disparition douce, végétale, presque volontaire.
📜 Le rappel historique — La Strada dei Fenici (SS195) qui relie Cagliari à Chia suit, sur une grande partie de son tracé, la route commerciale que les Phéniciens utilisèrent depuis le VIIIe siècle av. J.-C. pour connecter leurs comptoirs côtiers de la Sardaigne méridionale. Cette route fut ensuite romanisée (via litoranea) et resta la principale voie de communication de la côte sud-occidentale sarde jusqu'au XXe siècle. Les Phéniciens choisirent leurs sites d'implantation selon une logique géographique très précise : des promontoires ou des presqu'îles dominant une anse abritée, avec une source d'eau douce à proximité immédiate et une visibilité maritime maximale. Bithia, Nora, Sulcis, Tharros — tous ces sites phéniciens sardes répondent à ces critères avec une constance qui témoigne d'une connaissance approfondie du littoral méditerranéen.
1.2 — Les fouilles de Bithia : lire la ville dans le sable
Les ruines de Bithia sont aujourd'hui partiellement visibles sur le promontoire rocheux situé immédiatement à l'est de la plage de Torre di Chia — juste au pied de la tour aragonaise, à l'endroit précis où le sol bascule de la roche au sable. Ce ne sont pas des ruines spectaculaires : pas d'amphithéâtre, pas de temples à colonnes, pas de forum reconnaissable. Mais pour qui sait les lire — ou qui prend le temps de s'arrêter devant le panneau explicatif installé par la surintendance archéologique —, elles sont éloquentes.
On distingue les fondations d'un temple punique dédié à la déesse Bes — une divinité d'origine égyptienne, protectrice des accouchements et des nourrissons, dont le culte se répandit dans tout le monde phénicien et punique avec une rapidité qui témoigne d'une fascination durable pour l'Égypte. La statuette de Bes retrouvée à Bithia et conservée au Musée Archéologique de Cagliari est l'un des chefs-d'œuvre de la collection — un personnage grotesque et bienveillant, au corps trapu, à la face grimaçante, aux plumes de coq sur la tête, qui était censé effrayer les mauvais esprits par la seule puissance de sa laideur joyeuse.
On distingue aussi des niveaux stratigraphiques superposés — les couches phénicienne, punique et romaine lisibles dans les profils de coupe que les archéologues ont laissés ouverts. Ces couches, chacune épaisse de quelques dizaines de centimètres, représentent plusieurs siècles d'occupation continue — un palimpseste humain que le sable a conservé comme une bibliothèque enterrée.
📜 Le rappel historique — Bes est l'une des divinités les plus énigmatiques et les plus répandues du monde antique méditerranéen. Né en Égypte au Moyen Empire (vers 2000 av. J.-C.), son culte se diffusa progressivement à travers tout le bassin méditerranéen via les réseaux commerciaux phéniciens, pour atteindre la Sardaigne, Chypre, Malte, l'Espagne et même la Gaule romaine. Sa représentation — un nain barbu, grimaçant, aux jambes arquées, souvent représenté en train de brandir des serpents ou des épées — rompt radicalement avec l'idéal de beauté des divinités grecques et romaines. Bes incarnait la puissance protectrice du laid, la magie apotropaïque de la laideur délibérée — un concept étranger à la pensée grecque classique mais profondément enraciné dans les traditions magiques de l'Orient ancien.
1.3 — La tour aragonaise : sentinelle au bout du monde
Sur le promontoire, au-dessus des ruines phéniciennes, la Torre di Chia — tour de guet du XVIIe siècle — domine tout le panorama avec cette autorité tranquille des édifices militaires qui ont vu passer tellement de dangers qu'ils ne s'étonnent plus de rien. Cylindrique, en granit sombre, haute d'une quinzaine de mètres, elle est l'une des mieux conservées du réseau de surveillance côtière espagnol que nous avons déjà rencontré à Cagliari et à Galtellì.
Sa position est d'une logique implacable : du haut de la tour, la vue embrasse simultanément la plage de Torre di Chia à l'est, les dunes et la lagune au nord, la plage de Su Portu à l'ouest, et l'horizon marin dans toutes les directions du sud. Aucun navire ne pouvait approcher de cette côte sans être repéré depuis le haut de la tour avec plusieurs heures d'avance.
Aujourd'hui, c'est depuis ce même sommet — accessible par un escalier intérieur restauré — que le visiteur obtient la vue la plus complète sur le système paysager unique de Chia : la tour, les ruines, la plage, les dunes blanches, les lagunes turquoise, les flamants roses qui se déplacent en vol groupé depuis l'étang vers la plage et retour, et derrière tout cela, les collines granitiques du Sulcis qui plongent dans la mer.
💡 Conseil pratique — La tour et les ruines de Bithia sont accessibles librement (entrée gratuite), à pied depuis le parking de la plage Torre di Chia. Comptez 30 minutes pour une visite tranquille des ruines et de la tour. La montée au sommet de la tour est déconseillée par mauvais temps — les marches sont de pierre et peuvent être glissantes. La meilleure lumière pour photographier la tour est le matin tôt (contre-jour doré) ou en fin d'après-midi (lumière rasante orange sur le granit).
Partie II — Les plages de Chia : un archipel de sables
2.1 — Torre di Chia : la plage emblématique
La plage de Torre di Chia est la plus connue et la plus photographiée — celle que l'on voit sur toutes les affiches touristiques de la côte du Sulcis, celle dont la silhouette de la tour aragonaise sur le promontoire est devenue une icône visuelle de la Sardaigne méridionale. Elle mérite sa réputation, mais pas nécessairement pour les raisons qu'on imaginerait.
Sa beauté n'est pas dans sa taille — elle est relativement courte, une centaine de mètres de sable blanc à peine. Elle n'est pas non plus dans son isolement — en juillet-août, elle est bien fréquentée. Elle est dans la composition visuelle qu'elle offre : le sable blanc au premier plan, l'eau turquoise en dégradé du vert au bleu profond au milieu, le promontoire de granit rose à droite avec sa couronne de tour aragonaise, les dunes blanches à gauche avec les silhouettes tordues des genévriers de Phénicie, et par temps clair, le Capo Teulada ou les îles de Sant'Antioco et San Pietro dans le lointain.
L'eau est d'une transparence que peu de plages sardes égalent en basse saison. Le fond de sable blanc réfléchit la lumière vers le haut, donnant à l'eau cette couleur caractéristique — turquoise très pâle dans les premiers mètres, vert émeraude à trois ou quatre mètres, bleu profond au-delà — qui est la signature chromatique des plages sur fond de calcaire ou de granit clair.
📜 Le rappel historique — La couleur turquoise caractéristique des eaux de Chia s'explique par la combinaison de trois facteurs : la composition du fond (sable blanc de quartz et de coquillages qui réfléchit la lumière vers le haut), l'absence de turbidité (pas d'apport fluvial porteur de sédiments fins en suspension — les cours d'eau de cette côte sont asséchés la plupart de l'année), et la faible profondeur des eaux côtières sur plusieurs dizaines de mètres qui permet à la lumière solaire d'atteindre et de réfléchir le fond. Ces trois facteurs se retrouvent dans toutes les "eaux turquoise" méditerranéennes célèbres — de la Corse aux Pouilles, de la èce à la Croatie — et constituent une forme de label naturel de qualité de l'eau.
2.2 — Su Portu : la plage cachée derrière les dunes
À quelques centaines de mètres à l'ouest de Torre di Chia, de l'autre côté du promontoire, la plage de Su Portu s'ouvre entre les dunes et la falaise granitique. Légèrement moins connue, légèrement moins accessible (un chemin pédestre de dix minutes depuis le parking principal), légèrement plus sauvage — ce "légèrement" qui fait toute la différence pour ceux qui cherchent l'espace plutôt que les services.
Su Portu est une plage double face : selon l'heure et la position du vent dominant, elle peut être d'un calme absolu (mer d'huile, idéale pour le snorkeling) ou animée d'une petite houle courte qui fait le bonheur des bodyboarders locaux. Le fond est une alternance de sable blanc et de rochers couverts de posidonies — une mosaïque sous-marine que le masque révèle dans tous ses détails : des seiches qui changent de couleur, des pieuvres qui se fondent dans les algues, des sars et des mulets qui glissent entre les touffes vertes.
💡 Conseil pratique — Su Portu ne dispose pas de services balnéaires permanents (pas de location de transats, pas de bar de plage). Emportez tout ce dont vous avez besoin. En revanche, son accès est gratuit et sans réservation en toutes saisons — un avantage précieux en août quand les parkings des plages plus organisées affichent "complet" dès neuf heures du matin.
2.3 — Cala Cipolla : la crique des initiés
Plus à l'ouest encore, au bout d'un sentier de vingt minutes dans le maquis de genévriers et de myrtes, la Cala Cipolla (la "crique de l'oignon" — en référence à la forme arrondie du rocher qui la ferme) est le secret que les habitués de Chia gardent jalousement.
Petite — une cinquantaine de mètres seulement — encaissée entre deux éperons de granit rose qui la ferment au vent et au regard, avec un fond de sable très blanc et une eau d'un vert bouteille lumineux dans lequel des poissons de toutes tailles semblent nager dans du verre, Cala Cipolla est l'exemple parfait de ce que les Sardes appellent una cala nascosta — une crique cachée. Pas secrète au sens où personne ne la connaît — des dizaines de personnes s'y retrouvent un beau matin d'août. Mais cachée au sens où elle exige un effort minimal pour y accéder, ce qui suffit à en tenir à l'écart ceux qui ne cherchent pas vraiment.
2.4 — La plage de Campana et Praialonga : l'infini du sable
Au nord du système dunaire de Chia, protégée derrière les dunes les plus hautes, la plage de Campana s'étire en une courbe de deux kilomètres qui est l'une des plus longues de la côte du Sulcis. Son sable est d'un blanc légèrement différent de celui de Torre di Chia — plus fin, plus poudré, avec ce comportement particulier du sable très fin qui coule entre les doigts sans s'agglomérer et qui crisse légèrement sous les pieds à marée basse.
Praialonga, dans sa continuité vers l'ouest, prolonge encore cette bande de sable dans une zone moins fréquentée, avec quelques barres dunaires qui créent des espaces partiellement abrités du vent. C'est là, entre Campana et Praialonga, que le système dunaire de Chia est le plus impressionnant — des crêtes de sable blanc de douze à quinze mètres de haut, parfois complètement nues et mouvantes sur le dessus, parfois stabilisées par la végétation dunaire (ammophila, pancratium maritimum — le lis de mer blanc qui fleurit en été avec une beauté renversante) sur les flancs.
📜 Le rappel historique — Le système dunaire de Chia est l'un des plus importants et des mieux conservés de la Méditerranée. Sa formation est liée à une conjonction de facteurs : des vents dominants de secteur ouest-nord-ouest (maestrale) qui poussent le sable vers l'intérieur depuis la plage, un approvisionnement continu en sable marin par les vagues qui remontent depuis les fonds côtiers, et une végétation dunaire spécifique qui fixe progressivement les dunes mobiles en les colonisant depuis les flancs. Les dunes de Chia sont en progression lente vers l'intérieur des terres — un processus naturel que les gestionnaires du site tentent de réguler en protégeant la végétation fixatrice et en canalisant les passages piétons pour éviter la destruction des racines.
Partie III — Les lagunes et les flamants roses : l'autre Chia
3.1 — Le Stagno di Chia : un monde à part entre la dune et la route
Mais Chia n'est pas seulement une côte de sable et d'eau bleue. Il y a, derrière les dunes, un autre monde — plus calme, plus secret, plus habité au sens faunistique du terme. Les lagunes de Chia (le Stagno di Chia principal et ses satellites) forment un système lagunaire d'environ 150 hectares, séparé de la mer par le cordon dunaire, alimenté par les eaux de pluie et par les infiltrations marines à travers le sable.
Ce système lagunaire est d'une richesse écologique remarquable. Ses eaux saumâtres — ni douces ni entièrement marines, mais dans cet entre-deux productif que les biologistes appellent le gradient halin — hébergent une faune aquatique d'une diversité que les eaux franches ne peuvent pas atteindre. Des anguilles dans les chenaux profonds. Des mulets à tête plate qui remontent les courants d'eau douce. Des daurades royales qui entrent depuis la mer pour se nourrir des herbiers d'algues. Des palourdes et des coques dans les vasières. Et par-dessus tout cela, dans les eaux peu profondes des rives, les flamants roses.
📜 Le rappel historique — Les systèmes lagunaires méditerranéens — étangs, lagunes, marais côtiers — sont des écosystèmes d'une importance écologique disproportionnée par rapport à leur surface. Ils fonctionnent comme des zones tampons entre la terre et la mer, des nurseries pour de nombreuses espèces marines qui viennent s'y reproduire, et des haltes migratoires indispensables pour des millions d'oiseaux qui traversent chaque année la Méditerranée. En Sardaigne, les étangs côtiers représentent environ 10 000 hectares et constituent l'un des systèmes lagunaires les plus importants du bassin méditerranéen occidental. Ils sont tous protégés au titre de la Directive Habitats de l'Union Européenne et constituent des sites Natura 2000.
3.2 — Les flamants roses : la légèreté du monde
Les flamants roses (Phoenicopterus roseus) sont devenus, à Chia comme dans toute la Sardaigne littorale, l'animal symbolique d'un paysage. Pas à la façon d'un logo touristique — à la façon d'un voisin dont on a appris à respecter les habitudes et les espaces.
Je les observai depuis le bord de l'étang, à l'aube, avant que la chaleur ne les pousse vers les zones d'ombre. Ils étaient une cinquantaine ce matin-là — debout dans l'eau peu profonde, leurs reflets parfaits se dupliquant dans la surface de verre de l'étang. Certains dormaient, la tête repliée sous l'aile, sur une patte unique dans une posture d'équilibre qui semblait physiquement impossible. D'autres filtraient méthodiquement l'eau avec leur bec recourbé — ce bec en forme de genou inversé qui est leur outil de pêche, conçu pour tamiser les micro-crustacés et les algues dans la vase des fonds peu profonds.
Et puis quelque chose les dérangea — un héron qui passa trop près, un bruit depuis la route, une raison que je ne perçus pas. Ils déployèrent leurs ailes d'un seul mouvement, et c'est là que le flamant rose révèle ce que sa silhouette debout ne laisse pas deviner : sous le rose pâle de la robe, les ailes sont rouge et noir. Un rouge violent, presque agressif, que les tectices ailes cachent entièrement au repos. En vol, le flamant rose n'est plus rose — il est rouge et noir sur fond de ciel bleu, dans une combinaison de couleurs qui semble appartenir à l'art abstrait plutôt qu'à la zoologie.
Ils tournèrent deux fois au-dessus de l'étang, dans la lumière oblique du matin, et se posèrent deux cents mètres plus loin. Le reflet de leurs corps dans l'eau immobile était si parfait qu'il fallait un effort pour distinguer la réalité du miroir.
📜 Le rappel historique — La couleur rose du flamant est entièrement due à son alimentation. Les caroténoïdes — des pigments organiques présents dans les algues microscopiques et les micro-crustacés (notamment l'Artemia salina, une crevette d'eau salée) dont le flamant se nourrit — sont absorbés et redistribués dans les plumes, les pattes et la peau. Un flamant qui ne se nourrit pas correctement perd progressivement sa couleur et devient blanc. En captivité, les flamants qui ne reçoivent pas de suppléments alimentaires riches en caroténoïdes blanchissent en quelques mois. Cette dépendance chromatique à l'alimentation est l'une des curiosités biologiques les plus frappantes du monde animal — la couleur comme indicateur de santé, d'alimentation, de vitalité.
3.3 — La lagune à vélo ou à pied : longer le Stagno
L'un des plaisirs les plus simples de Chia est de longer la lagune à pied ou à vélo — une boucle de quatre à six kilomètres qui fait le tour du Stagno di Chia principal par des chemins de terre, alternant entre les bords enherbés de l'étang, les crêtes dunaires avec vue sur la mer, et les zones de maquis dense où les cistus, les myrtes, les lentisques et les arbousiers forment une végétation si compacte et si odorante par forte chaleur qu'elle ressemble à un parfum concentré de toute la Méditerranée.
Le long de ce chemin, les observations ornithologiques se multiplient : outre les flamants, on peut observer des aigrettes garzettes blanches et élancées qui piquent les petits poissons d'un coup de bec fulgurant, des hérons cendres immobiles comme des statues sur les berges, des canards chipeaux et des sarcelles en groupes denses dans les zones de végétation aquatique, des bécassines des marais qui creusent la vase de leur long bec, et — au-dessus de tout cela — les busards des roseaux qui patrouillent en vol rasant, les ailes en V caractéristique, scrutant les roselières avec une attention de chasseur professionnel.
💡 Conseil pratique — Des vélos de location sont disponibles dans les établissements de Chia en saison (mai-septembre). La boucle autour de l'étang est praticable en 1h30 à 2h à vélo tranquille ou en 2h30 à 3h à pied. Emportez des jumelles — la lagune est suffisamment vaste pour que les oiseaux restent éloignés des berges fréquentées, et les jumelles font toute la différence entre voir "des flamants roses là-bas" et observer réellement leur comportement. La meilleure heure pour l'observation ornithologique est le matin tôt (avant 9h) ou le soir (après 18h), quand la chaleur est supportable pour les oiseaux comme pour l'observateur.
Partie IV — La végétation dunaire : le jardin du vent
4.1 — Les genévriers de Phénicie : les gardiens tordus des dunes
La végétation des dunes de Chia est un monde en soi — pas spectaculaire au premier coup d'œil, mais d'une richesse et d'une complexité qui se révèlent à ceux qui s'arrêtent et regardent vraiment.
Les genévriers de Phénicie (Juniperus phoenicea) sont les rois de ces dunes. Leur nom évoque déjà la Méditerranée ancienne — ce sont les arbres que les Phéniciens de Chia auraient vus en débarquant sur cette côte, les mêmes qu'ils retrouvaient sur les côtes du Liban et de la Tunisie. Ici, soumis aux vents violents du maestrale qui souffle parfois plusieurs jours d'affilée à 80 ou 100 km/h, ils ont développé des formes que l'on ne voit nulle part ailleurs : des troncs tordus en spirale, des branches qui filent toutes vers l'est comme si elles avaient été peignées par un géant, des couronnes aplaties en dôme côté ouest (tranchées par le vent) et ouvertes comme des ventilateurs côté est (développées dans le calme relatif de l'abri).
Ces formes éoliennes — flag forms en anglais, forme a bandiera en italien — sont des sculptures naturelles d'une beauté qui doit beaucoup à leur façon de rendre visible ce qui est normalement invisible : la direction et la force du vent.
📜 Le rappel historique — Le genévrier de Phénicie (Juniperus phoenicea) est l'un des arbres les plus résistants de la flore méditerranéenne — capable de survivre à des conditions de sel, de vent, de sécheresse et de pauvreté du sol qui tueraient la plupart des autres végétaux ligneux. Son bois est d'une dureté et d'une durabilité exceptionnelles : des poutres de genévrier retrouvées dans des tombes phéniciennes et puniques de l'Afrique du Nord ont été datées de plus de 2 500 ans et sont encore en bon état. Les Phéniciens l'utilisèrent abondamment pour la construction navale — sa résistance à l'eau de mer en faisait un matériau idéal pour les membrures et les bordés des navires.
4.2 — Le lis de mer et les fleurs des dunes
En été — de juillet à septembre — les dunes de Chia se couvrent d'une fleur qui mérite qu'on s'agenouille dans le sable pour la regarder de près : le pancratium maritimum, le lis de mer ou giglio delle sabbie. Une tige dressée porte six à huit grandes fleurs blanches en étoile, aux pétales translucides et aux étamines dorées, d'un parfum intense et sucré qui surprend au milieu du sel et du vent.
Ces fleurs poussent directement dans le sable, sans autre protection que leurs propres bulbes profondément enfouis, dans des zones balayées par le vent où rien d'autre ne semble vouloir pousser. Leur blancheur absolue contraste avec le beige du sable et le vert sombre des genévriers. Elles ont quelque chose de miraculeux — une façon de fleurir dans la difficulté qui tient presque du message.
D'autres plantes dunaires méritent l'attention : l'oyat (Ammophila arenaria) dont les longues feuilles coupantes fixent le sable en profondeur et dont les racines forment sous la surface un réseau dense et invisible. La panicaut de mer (Eryngium maritimum) aux feuilles épineuses bleu-argenté, dont la tige fleurie porte des boules de fleurs violettes entourées de bractées piquantes. Et le chardon des dunes dont les graines pourvues d'aigrettes voyagent avec le vent sur des kilomètres, colonisant les nouvelles zones de sable à mesure que les dunes progressent.
💡 Conseil pratique — La végétation dunaire est fragile et protégée. Les dunes de Chia font partie d'une Zone de Protection Spéciale (ZPS) au titre de la directive européenne "Oiseaux". Il est formellement interdit de marcher hors des sentiers balisés sur les dunes, de cueillir des fleurs ou des plantes, et de laisser des déchets. Les passages piétons en bois surélevé qui traversent les dunes pour accéder aux plages sont là précisément pour protéger les racines des plantes fixatrices — respectez-les, même s'il est tentant de couper court.
Partie V — Le Capo Spartivento : le bout du monde
5.1 — Le phare au bout du cap
À une dizaine de kilomètres à l'est de Chia, le Capo Spartivento — le "cap qui partage le vent" — est le point le plus méridional de la Sardaigne continentale. Un cap de granit rose qui plonge dans la mer au bout d'une piste carrossable longeant la côte entre les lentisques et les euphorbes.
Son phare — une construction blanche du XIXe siècle, restaurée et aujourd'hui convertie en petit hôtel de charme — domine depuis son rocher la rencontre de la mer Tyrrhénienne à l'est et du canal de Sardaigne à l'ouest. Depuis sa terrasse, la vue est celle d'un bout du monde : pas d'autre terre visible dans aucune direction, juste la mer et le ciel dans un fondu continu.
Le phare du Capo Spartivento est en activité depuis 1854 — l'une des premières constructions de l'ère unitaire italienne sur les côtes sardes. Sa portée lumineuse de 24 milles marins en fait un signal essentiel pour la navigation entre la Sardaigne et l'Afrique du Nord — la Tunisie est à 220 kilomètres vers le sud, distance parfaitement visible par temps clair sur les cartes marines.
💡 Conseil pratique — Le phare de Capo Spartivento est aujourd'hui géré comme un hébergement de luxe (Faro di Capo Spartivento, ouvert depuis 2009). Il propose des suites dans les anciens logements des gardiens. Les tarifs sont élevés mais l'expérience — dormir dans un phare actif au bout d'un cap, avec la mer de trois côtés — est unique en son genre. La terrasse est accessible aux non-résidents pour la consommation au bar. Le pied du cap et la côte rocheuse sont librement accessibles et constituent un excellent spot de snorkeling.
5.2 — La côte entre Chia et Capo Spartivento : les plages inconnues
Entre Chia et le Capo Spartivento, une dizaine de kilomètres de côte en grande partie sauvage et peu accessible recèlent plusieurs petites plages et criques que seuls les locaux et les kayakistes connaissent vraiment. La route côtière est une piste en gravier qui serpente entre le maquis et la mer, avec des embranchements qui mènent à des parkings improvisés au bord du vide.
La plus belle de ces plages inconnues — que je ne nommerai pas ici, par une retenue que vous me pardonnerez — est accessible par dix minutes de marche dans un maquis dense et parfumé, au bout d'un sentier de chèvres qui descend entre les rochers vers une crique de sable blanc d'une vingtaine de mètres. Elle n'a pas de nom officiel sur les cartes. Elle n'a pas de services. En dehors de juillet-août, il arrive qu'on la trouve seul.
Il existe des endroits qu'on ne nomme pas, pour qu'ils restent ce qu'ils sont.
Partie VI — Le Sulcis : la région qui entoure Chia
6.1 — Teulada et l'arrière-pays : le granit et le maquis
À une vingtaine de kilomètres dans les terres, Teulada est le bourg rural qui administre l'ensemble du territoire de Chia — et qui représente le visage ordinaire, quotidien, non-touristique de cette côte. Un village de granit sombre aux ruelles étroites, une église baroque de façade sobre, un bar-épicerie où les anciens jouent aux cartes depuis des heures, un marché le vendredi matin où les producteurs locaux vendent leurs huiles, leurs fromages et leurs miel.
L'arrière-pays entre Teulada et le golfe de Palmas est un territoire de collines de granit couvertes de maquis — arbousiers, myrtes, cistes, chênes-lièges dont les troncs récemment décortiqués sont d'un rouge brique intense. Ce maquis est l'un des plus denses et des plus préservés de toute la Sardaigne méridionale — une forêt basse et impénétrable, odorante, habitée par les sangliers sardes (Sus scrofa meridionalis), les renards, les martres, et les aigles de Bonelli qui nichent sur les falaises granitiques.
📜 Le rappel historique — Le chêne-liège (Quercus suber) est l'arbre emblématique de la Sardaigne et de toute la région circuméditerranéenne occidentale. L'écorce du chêne-liège — le liège — est récoltée par décorticage manuel tous les neuf à douze ans, sans tuer l'arbre. Ce sont les chiffres imprimés sur les troncs décortiqués qui indiquent l'année du dernier prélèvement. La Sardaigne est le deuxième producteur mondial de liège après le Portugal. La récolte, appelée la levata, se fait manuellement à la hache et est un savoir-faire ancestral transmis de père en fils. Un chêne-liège peut vivre entre 150 et 250 ans et produire du liège pendant toute cette période.
6.2 — Santadi et les vins du Sulcis : le Carignano del Sulcis
À une trentaine de kilomètres au nord de Chia, la commune de Santadi abrite l'une des caves coopératives les plus réputées d'Italie : la Cantina di Santadi, fondée en 1960 et devenue sous l'impulsion de l'œnologue légendaire Giacomo Tachis (l'homme qui avait créé le Sassicaia et le Tignanello en Toscane) l'un des hauts lieux de la viticulture sarde.
Le cépage roi du Sulcis est le Carignano — un cousin du Carignan français et du Cariñena espagnol, cultivé dans cette région depuis plusieurs siècles, qui produit sur les sols de sable rouge du Sulcis des vins d'une intensité et d'une complexité qui dépassent tout ce que ce cépage donne ailleurs dans le monde.
Le Terre Brune de la Cantina di Santadi — un Carignano del Sulcis Superiore vieilli en barriques de chêne français — est considéré comme l'un des grands vins rouges italiens. Sa robe est d'un rouge pourpre dense. Son nez est un mélange complexe de fruits noirs confits (mûre, cassis, prune), de myrte sauvage, de résine de maquis, d'épices douces et d'un fond de fumée qui évoque la brûlée par l'été. En bouche, les tannins sont présents mais fondus, la finale est longue et minérale.
Un vin qui goûte exactement à ce que ce paysage regarde — le sable rouge du Sulcis, le maquis de myrte et de ciste, la mer qui brille au loin.
📜 Le rappel historique — Giacomo Tachis (1933–2016) est l'un des œnologues les plus influents du XXe siècle italien. Formé à la viticulture française, il fut recruté par le baron Nicolas Incisa della Rocchetta pour créer le Sassicaia au début des années 1960 — un vin de Cabernet Sauvignon produit en Toscane qui allait révolutionner l'oenologie italienne et ouvrir la voie aux "Super Toscans". Sa rencontre avec la Cantina di Santadi dans les années 1980 fut déterminante : il y appliqua les mêmes principes de réduction des rendements, de sélection rigoureuse des raisins et d'élevage en barrique qui avaient fait la gloire du Sassicaia, mais avec le Carignano del Sulcis comme matière première. Le résultat fut le Terre Brune — un vin qui prouva au monde que la Sardaigne méridionale pouvait produire des vins de rang international.
Partie VII — Informations pratiques
7.1 — Quand venir : la question du vent autant que de la saison
| Période | Mer | Dunes et lagune | Fréquentation | Particularité |
|---|---|---|---|---|
| Mars – avril | Fraîche (16-18°C) | Fleurs dunaires, oiseaux migrateurs | Quasi-nulle | Lis de mer pas encore, mais orchidées sauvages dans le maquis |
| Mai – juin | Idéale (20-23°C) | Lis de mer en fleur (juin) | Modérée | La meilleure combinaison |
| Juillet | Chaude (25-27°C) | Vents forts possibles (maestrale) | Forte | Lis de mer, mais mistral parfois violent |
| Août | Très chaude (27-28°C) | Bondée | Maximale | Les plus belles couleurs d'eau mais le plus de monde |
| Septembre ⭐ | Chaude et limpide (25-26°C) | Parfaite — peu de monde | Légère | La meilleure période |
| Octobre | Encore agréable (21-23°C) | Oiseaux migrateurs d'automne | Très faible | Lagune extraordinaire, mer parfois agitée |
💡 Mon conseil — Juin pour les fleurs, septembre pour tout le reste. Juin offre les lis de mer en fleur dans les dunes, la mer déjà chaude et les plages encore calmes. Septembre offre la mer à son maximum de transparence, la lagune en pleine activité avec les flamants et les migrateurs automnaux, et le silence retrouvé sur des plages qui n'appartiennent plus qu'à vous.
💡 La question du maestrale — Le maestrale (mistral sarde) est le vent dominant de cette côte, soufflant du nord-ouest avec une violence parfois considérable. Il peut rendre certaines plages impraticables pendant deux à quatre jours d'affilée. Torre di Chia est relativement exposée, Su Portu un peu plus abritée. Cala Cipolla est la plus protégée du vent dominant. Consultez toujours les prévisions météo avant de planifier une journée de plage sur cette côte.
7.2 — Comment s'y rendre et se déplacer
- En voiture : depuis Cagliari, SS195 direction Pula puis Teulada. Environ 60 km, 1h. La voiture est indispensable — les plages sont dispersées et les transports publics inexistants en dehors de la haute saison.
- Parking : payant sur les principales plages (Torre di Chia, Campana) de juin à septembre. Arrivez avant 9h en août pour trouver une place.
- Se déplacer entre les plages : à pied pour les plages voisines (15-20 minutes entre Torre di Chia et Su Portu), à vélo pour la boucle de la lagune, en voiture pour Cala Cipolla et Capo Spartivento.
7.3 — Où dormir
- À Chia : plusieurs complexes hôteliers et résidences de vacances autour de la plage principale, ainsi que quelques B&B familiaux dans l'arrière-pays. En haute saison, réservez 2 à 3 mois à l'avance.
- À Teulada (20 km) : hébergements plus simples et moins chers, contact plus direct avec la vie locale.
- Le phare de Capo Spartivento : pour une expérience unique, onéreuse mais inoubliable.
7.4 — Ce qu'il faut emporter
- Des jumelles (indispensables pour la lagune et les flamants)
- Un guide ornithologique de la Méditerranée
- De la crème solaire à indice maximal — le sable blanc réfléchit l'UV
- Un masque et un tuba — les fonds de Su Portu et Cala Cipolla méritent la plongée libre
- Une veste légère pour le soir — le maestrale peut fraîchir brutalement après le coucher du soleil
- De la patience pour les flamants — ils ne posent pas sur commande
Épilogue — Ce que le sable garde
Je repartis de Chia à la tombée du soir, quand le soleil touchait les crêtes granitiques de l'arrière-pays et que la lagune se teintait d'un orange profond qui rendait les flamants presque rouges. La plage de Torre di Chia était désertée — les parasols rentrés, le sable lisse à nouveau, comme effacé de la journée humaine qui venait de s'y dérouler.
Je m'arrêtai un moment en haut de la dune qui domine l'étang. En bas à gauche, la mer — déjà dans l'ombre des collines, sombre et silencieuse. En bas à droite, la lagune — encore dans la lumière, orange et rose comme une aquarelle que quelqu'un aurait commencé sans savoir comment la finir. Et au milieu, les dunes blanches, immobiles dans l'air calme du soir, leurs genévriers tordus vers l'est dans une direction qui n'avait pas changé depuis des siècles.
Je pensai à tous ceux qui avaient regardé ce même paysage avant moi — les Phéniciens de Bithia qui guettaient les navires depuis leur temple de Bes. Les guetteurs aragonais du XVIIe siècle qui scrutaient l'horizon pour des voiles de pirates. Les flamants roses dont les ancêtres avaient fréquenté cette lagune bien avant que les hommes ne lui donnent un nom.
Le sable garde tout. Les ruines de Bithia en dessous. Les coquilles de palourdes d'il y a trois mille ans. Les graines des lis de mer qui attendront sous la surface jusqu'au prochain printemps. Et quelque chose de plus difficile à nommer — la trace de toutes les présences qui ont rendu ce lieu habitable, traversable, aimable.
Le sable efface les traces des pieds en quelques heures. Mais il garde le reste.
Récit rédigé après plusieurs visites à Chia, commune de Domus de Maria, province du Sud Sardaigne.
Sources de référence : Raimondo Zucca, « Bithia », in « La Sardegna fenicia e punica », Ilisso Edizioni, 1997 ; Parco Regionale di Porto Pino e Lagune del Sulcis, documentation officielle Natura 2000 ; Cantina di Santadi, notes de dégustation techniques ; LIPU (Ligue Italienne pour la Protection des Oiseaux), données sur l'avifaune des étangs sardes.


