
La Pointe du Hourdel
Pointe sud de la baie de Somme, meilleur point libre d'observation des phoques veaux-marins de France métropolitaine — colonie de 600 individus, visibles à marée basse sur les bancs de sable. Phare vert et blanc, cordon de galets de 12 km jusqu'à Onival.
Au bout de la baie, la route s'arrête net contre la mer. Et 600 phoques regardent.
Il existe en France quelques bouts du monde — ces endroits où une route goudronnée se termine soudainement contre l'horizon, sans transition, sans préavis. Le Hourdel est l'un des plus discrets et l'un des plus émouvants. Hameau de pêcheurs rattaché à Cayeux-sur-Mer, posté à l'extrémité sud de la baie de Somme, il marque l'endroit exact où le chenal de la Somme sort de l'estuaire pour rejoindre la Manche.
C'est là, à 200-400 mètres au large, que vit la plus grande colonie de phoques de France métropolitaine.
La colonie
Près de 600 phoques veaux-marins (et une centaine de phoques gris en saison hivernale) ont fait de la baie de Somme leur territoire permanent. C'est une histoire récente : dans les années 1980, on en comptait moins de 50. Disparus de la côte française pendant un siècle à cause de la chasse et du dérangement, les phoques sont revenus dans les années 1990 âce à la pression conjointe de Picardie Nature et des collectivités locales — interdiction des approches, surveillance bénévole, sensibilisation des touristes.
Aujourd'hui, la colonie est en croissance permanente. Les naissances ont lieu en juin-juillet ; les bébés (les blanchons, qui ne sont en fait pas blancs ici mais gris tachetés) restent avec leurs mères jusqu'en septembre. À marée basse, les bancs de sable au milieu du chenal se couvrent littéralement d'animaux — c'est l'un des rares spectacles animaliers européens accessibles gratuitement, sans clôture, sans entrée.
On ne dérange pas un phoque. C'est lui qui décide s'il accepte qu'on le regarde.
C'est l'expression d'un guide bénévole, et elle dit la philosophie du lieu.
Comment observer
L'observation se fait depuis le front de mer du Hourdel, jumelles ou téléobjectif obligatoires (sans, ils ressemblent à des cailloux gris). Au choix :
Avec les naturalistes
Les bénévoles de Picardie Nature postent souvent une longue-vue gratuite au bord du chenal, avec un guide qui explique ce qu'on voit. Privilégier ces créneaux : ils sont week-ends d'avril à octobre, généralement de 10 h à 17 h selon les marées. Le guide identifie les individus (certains sont marqués au pelage), nomme les comportements (alarme, repos, allaitement), et explique les règles à 5 ans comme à 50.
Seul
Avec ses propres jumelles (8×42 minimum, 10×42 idéal), on peut observer en autonomie depuis le front de mer. Ne jamais s'approcher à pied : un phoque dérangé peut paniquer, fuir vers l'eau, abandonner ses petits. La distance minimale légale est de 300 mètres. Les naturalistes verbalisent.
Quand y aller
L'observation dépend strictement de la marée :
- 2 heures avant à 1 heure après la basse mer : c'est le créneau optimal — les bancs de sable sont découverts, les phoques sortent se reposer
- Marée haute : aucun phoque visible (ils nagent). À éviter
- Mai à octobre pour les températures, la lumière, les naissances
- Hors saison : c'est désert, vent fort, ciel chargé, mais l'effet est saisissant — la baie en hiver est un autre monde
Consulter les horaires de marées de Cayeux-sur-Mer la veille (Shom ou Maréeinfo). Bottes ou chaussures imperméables conseillées — le sable est mou et humide.
Le phare et le cordon
Au-delà des phoques, le Hourdel a deux objets remarquables.
Le phare
Le phare du Hourdel (vert et blanc, 18 mètres, automatisé en 1969) marque l'entrée du chenal. Reconstruit en 1950 après destruction par les Allemands en 1944. Il n'est pas accessible aux visiteurs, mais sa silhouette à contre-jour au crépuscule est l'un des sujets photographiques les plus photographiés de la baie.
Le cordon de galets
Du phare partent les 12 kilomètres du cordon de galets qui s'étendent jusqu'à Onival, en passant par Cayeux. C'est l'un des plus longs cordons de galets d'Europe, formé par les apports successifs de la Seine et de la Somme depuis 5 000 ans. Marche minérale, sons de roulis sous les pieds, pierres claires taillées rondes par les marées. Ne pas marcher pieds nus — les galets sont brûlants l'été et glissants après pluie.
Qui vit ici
Le Hourdel est aussi un port de pêche actif. Une trentaine de bateaux y travaillent encore — flobart traditionnel et chalutiers modernes — pour la pêche aux crevettes grises, à la plie, à la sole, et au filet maillant. Les pêcheurs partent à l'aube avec la marée et rentrent vers 11 h ; on les voit décharger les caisses sur le quai en parlant fort. Quelques cabanes ostréicoles complètent le paysage : on peut y acheter des huîtres directement aux producteurs (saison sept-mai).
Notes pratiques
- Accès : depuis Saint-Valery-sur-Somme, 25 minutes de route en passant par Cayeux. GPS « Phare du Hourdel »
- Stationnement : grand parking gratuit en haut de la pointe, à 200 m du front de mer
- Saison : avril à octobre pour les phoques visibles toute la journée. Hors saison, observer aux heures de marées seulement
- Tarif : gratuit — c'est le grand luxe du lieu
- Sans guide : compter 1-2 h sur place. Avec guide : 1-2 h supplémentaires
- À ne pas faire : approcher à pied (300 m minimum), faire du bruit, laisser les chiens en liberté
Combiner avec
- Le Crotoy (40 min de route en contournant la baie) sur l'autre rive — voir notre carnet sur Le Crotoy
- Saint-Valery-sur-Somme (25 min) pour le port et les remparts
- Cayeux-sur-Mer (10 min) pour la station balnéaire des cabines blanches et bleues — la plus longue digue de plage d'Europe
- Parc du Marquenterre (1 h de route) pour les oiseaux migrateurs sur l'autre rive — voir notre carnet sur le Marquenterre


